Un petit trésor a trouvé son écrin

Ce texte fait suite à L’Arche, lieu de conflits et à bien d’autres qui racontent les bonheurs de notre famille.  Un sommaire de ce blogue est disponible ici: Pour une lecture suivie de ce blogue.

François, 4 ans, et son futur petit frère Xavier, 16 mois: la rencontre initiale

En novembre 2002, quand nous sommes allés chercher notre petit François à Montjoie, véritable « sanctuaire » de l’Association Emmanuel SOS Adoption, Lucette et Jean Alingrin nous avaient suggéré, une fois rentrés au Québec, de nous rapprocher de l’association Emmanuel, L’amour qui sauve qu’ils considéraient plus ou moins comme une branche canadienne de leur oeuvre. C’est ainsi, après plusieurs tentatives, que nous avons pu faire connaissance avec la directrice, Catherine Desrosiers, fille aimée du couple fondateur de l’Association québécoise, au courant de l’hiver 2004. Ajoutons que j’ai tellement aimé l’Association que j’ai accepté de siéger au conseil d’administration depuis cette année-là.

Le couple Alingrin craignait que « Emmanuel Québec » se soit peu à peu éloignée de la dimension spirituelle qui est au coeur de leur fondation en France. En réalité, bien que la dimension spirituelle soit effectivement plus discrète qu’à Montjoie, elle fait partie intrinsèquement de toute démarche d’adoption. Au centre de toute spiritualité figure l’amour. Au coeur de tout projet d’adoption se révèle l’amour inconditionnel qui se tourne vers ce qui est « étranger » à nous-même, l’enfant d’une autre, négligé ou rejeté, toujours différent… N’est-ce pas là déjà un grand pas dans le monde spirituel?

Une nouvelle brèche

Nous étions disposés à accueillir un nouvel enfant. Avec François en bas âge, nous étions de « vieux » parents d’ados qui avaient repris la routine des couches, des rhumes à répétition, des nuits blanches et même des hospitalisations fréquentes, bref de tout ce qui constitue les soins à prodiguer à un petit. Nous étions rodés à cette vie. Nous pouvions bien en ajouter un autre, voire deux, car il y avait de la place dans notre coeur. Et pour François, grandir avec une petite soeur ou un petit frère serait sans doute profitable plutôt que de demeurer le centre unique d’attraction de ses parents quand les grands viendraient à quitter l’un après l’autre. Nous avons tout de même attendu que le jugement d’adoption soit prononcé avant de nous lancer, ce qui fut fait le 7 janvier 2004.

Nous nous sommes inscrits à la « banque mixte » du Centre Jeunesse de Montréal. En gros, il s’agit d’accueillir un enfant placé en famille d’accueil mais dont le projet de vie est fortement orienté vers l’adoption. C’est un processus relativement long. Quelques semaines après notre appel, nous recevions une lettre d’invitation à une réunion d’information. Si nous ne nous y présentions pas, notre dossier serait simplement écarté. Nous avons participé à cette rencontre, puis une deuxième fixée un mois plus tard pour laisser du temps à la réflexion. La présentation qu’on y fait et les témoignages ressemblent parfois à une réelle entreprise de découragement! On nous dresse un tableau très lourd des enfants qui passent par cette voie et on nous inquiète un peu avec les démarches. Mais cela n’a pas eu d’effet sur nous, cas nous en avions vu d’autres! Notre fiche d’inscription complétée, notre dossier fut mis en attente pour l’évaluation psychosociale et les autres étapes. On nous avertit qu’il fallait plusieurs mois avant de procéder, à moins qu’un enfant se trouve jumelé avec nous et qu’il faille procéder en accéléré.

L’Association Emmanuel tient chaque année son activité de ressourcement dans la région de Lanaudière. Notre première rencontre avec les « familles Emmanuel », en septembre 2004, fut un moment particulièrement touchant, bien que Céline l’ait vécu bien différemment. Nous avons pris conscience que les familles Emmanuel étaient souvent composées de couples en majorité plus âgés que nous et qu’elles comptaient parfois cinq, huit, douze enfants et même plus dont certains avec de lourds handicaps! Nous étions donc minoritaires avec nos quatre enfants et relativement jeunes! Nous avons trouvé une solidarité parmi ces couples et nous nous sommes sentis un peu moins fous à vouloir encore adopter passée la quarantaine.

Le délai d’attente est ce qu’il y a de plus pénible dans l’adoption. S’il aide à creuser le désir, la situation familiale entre le moment où nous décidons de nous lancer dans les démarches et celui où nous recevons une proposition peut avoir changé du tout au tout. On se met également à douter: du désir, du choix, de nous… C’est un peu ce qui nous est arrivé. Et c’est exactement au moment de ce creux, en pleine remise en question, que la proposition est arrivée. Elle ne vint d’ailleurs pas de notre Centre Jeunesse, mais de celui d’une autre région. C’est Catherine Desrosiers qui joua donc l’intermédiaire, ce qui est l’un de ses rôles principaux au sein d’Emmanuel.

Un petit garçon au pronostic incertain

François allait avoir quatre ans. Le téléphone sonna quelques semaines avant son anniversaire. Catherine nous proposait un petit garçon de 14 mois. Nous aurions aimé une fille, mais dès qu’elle souffla quelques renseignements sur l’histoire du petit et sur son état, le coeur de Céline était déjà disposé. Le mien suivrait simplement dès qu’elle m’en parlerait, je suis comme ça. Xavier venait d’une autre région. Le Centre Jeunesse du lieu avait cherché sur son territoire une famille pour l’enfant, sans succès. C’est dans ces cas qu’on s’adresse à Emmanuel qui dispose d’une banque de candidats ouverts à des enfants dits « à particularités ». Catherine avait discerné que le besoin pour cet enfant correspondait à une famille comme la nôtre, une « senior » comme elle dit. Le processus d’évaluation urgent fut mis immédiatement en branle par l’autre Centre Jeunesse et fut traversé avec succès. Une professionnelle du travail social confirmait que nous étions encore « bons » pour adopter!

Xavier avait été victime de négligence grave durant les neuf premiers mois de sa vie. Lorsqu’il fut retiré de sa famille, il était dans un tel état que son neurologue ne put s’empêcher de croire qu’il avait « quelque chose ». Il envisageait un syndrome de DiGeorge. La famille d’accueil dans laquelle il avait été placé n’était pas disposée à prendre le risque d’une adoption avec un tel pronostic. Malgré les craintes que son état nous inspirait, nous n’avons pas renoncé à dire oui à ce petit bout d’homme. Le Centre Jeunesse voulait toutefois laisser l’enfant encore quelques semaines avec sa famille d’accueil, le temps que les examens médicaux soient complétés. Nous avons argumenté qu’à 15-16 mois, il ne restait plus beaucoup de potentiel d’attachement de la part d’un enfant pour sa famille adoptive. Cela serait pire encore en ajoutant trois autres mois. Et nous étions disposés à parcourir la distance pour les examens à l’hôpital de sa région. La responsable du placement en vue d’adoption reçut favorablement nos arguments. C’est ainsi que Xavier fit son arrivée dans notre maison le 4 juillet 2006.

Lorsque le généticien nous fit rapport des résultats aux examens demandés par le neurologue, en septembre suivant, il nous rapporta que le caryotype était… normal! Xavier n’avait aucun syndrome particulier. Son développement avait pris du retard, mais le rattrapage en cours était déjà remarquable. Nous avions donc un enfant « normal ». Pour un couple préparé au « pire » en terme de pronostic, se faire dire que l’enfant n’a rien est un choc aussi grand que lorsqu’on apprend que notre enfant a quelque chose… Il allait aller à l’école, faire des devoirs, peut-être faire partie d’un club de hockey, avoir des amis, une copine… se marier! Bref, ce n’était plus le même programme que nous avions anticipé. Encore une fois, la vie nous faisait une surprise!

Xavier a maintenant sept ans. Son retard n’est pas complètement rattrapé, surtout au plan socio-affectif. Son déficit d’attention ne l’aide certes pas et nous avons opté avec les professionnels de lui faire redoubler sa maternelle afin qu’il soit plus apte à commencer son véritable parcours scolaire en septembre prochain. Globalement, c’est un petit garçon charmeur, curieux de tout, aimant l’action, le changement, un brin harcelant… La vie avec un grand frère trisomique n’est pas toujours facile pour lui, car François aime bien susciter des réactions, et son petit frère est hyper réactif! Nous espérons simplement qu’avec le temps, nos p’tits derniers puissent devenir de plus en plus les frères affectueux qu’ils sont au moins sur papier!

Tout cet épisode de notre vie peut sembler relativement tranquille, mais en même temps que j’étais dans une joie extraordinaire face à ma cinquième paternité, Céline et moi étions éprouvés comme jamais avec les trois grands… Je vous raconte bientôt.

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